Perpignan
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Entre la Méditerranée et les Pyrénées, je suis née à Perpignan , capitale du Roussillon ou Catalogne Nord. Ici, ce n'est pas encore l'Espagne et plus tout à fait la France. C'est un pays de contrastes, haut en couleurs, qui revendique ses particularités avec une forte personnalité.

Avant de vous emmener à la découverte de la ville, un peu d'histoire : Pendant le haut Moyen-Age, Charlemagne constitue la Marca Hispanica qui sera à l'origine de la future Catalogne . Plusieurs dynasties comtales se mettent en place. En 1171 le comté du Roussillon rejoint l'ensemble des terres catalanes. Une seule langue, une religion profondément vécue, un même mode de vie unissent désormais le peuple catalan.

En 1258, Saint Louis renonce à sa souveraineté théorique au profit du roi d'Aragon, Jacques 1er le Conquérant. En 1276, Perpignan devient jusqu'en 1344 la capitale continentale du nouveau " royaume de Majorque ", comprenant les iles Baléares , le Roussillon , la Cerdagne et la seigneurie de Montpellier . C'est alors que fut construit le Château Royal de Perpignan.

Durant cette période la ville connut un essor commercial et industriel considérable avec une active population de pareurs de draps, tanneurs, brodeurs, orfèvres, etc. Occupée par Louis XI en 1463, Perpignan est reprise par les français en 1474. Mais en 1493, Charles VIII désireux d'avoir les mains libres en Italie restitue le Roussillon et la Cerdagne aux rois catholiques. Il faut attendre le traité des Pyrénées , conclu en 1660, pour que le Roussillon et une partie de la Cerdagne soient annexés à la France. Les gigantesques travaux de Vauban devaient faire de Perpignan une cité désormais imprenable. Aujourd'hui, rue François Rabelais , vous pourrez admirer les restes de remparts en sous bassement d'immeubles. Pendant 5 siècles, le Roussillon a été ballotté entre l'Espagne et la France. C'est pourquoi malgré la frontière des Pyrénées entre la Catalogne sud (espagnole) et la Catalogne nord (française), l'identité catalane est si forte.

Le drapeau catalan , sang et or, est l'un des drapeaux les plus anciens d'Europe. Une légende attribue son origine à l'empereur Louis le Pieux (IX s.). L'empereur aurait dessiné sur le bouclier doré du Comte de Barcelone Guifré el Pelos (Wilfred le Velu) les lignes rouges avec ses quatre doigts tachés de sang.

Langue romane issue de la lente évolution du latin parlé entre le IIIe et le VIIIe siècle de notre ère, le catalan est toujours parlé par une personne sur trois dans Catalogne Nord des Pyrénées Orientales. Elle est co-officielle avec l'Espagnol en Catalogne Sud. Entrée à l'ONU EN 1993 par l'intermédiaire de la reconnaissance de l'Etat d'Andorre, elle est reconnue officiellement comme langue de l'Union Européenne. Désormais les noms des rues sont mentionnés dans les deux langues.

De nombreux artistes vinrent à Perpignan, y séjournèrent ou s'y installèrent séduits par cette région aux couleurs exceptionnelles ! Quatre noms du XXème sont attachés à la ville de Perpignan : Aristide Maillol (1861-1944) dont la ville possède "la Vénus au collier" et "la Méditerranée" (que vous admirerez place de la loge et dans la cour de l'hotel de ville); Raoul Dufy (1877-1953) qui occupa un atelier donnant sur la place Arago; Pablo Picasso (1881-1973) qui séjourna très régulièrement à Perpignan, Salvador Dali (1904-1989) qui consacra Perpignan par deux fois, une première fois à New York en présentant son tableau "le mystique de la gare de Perpignan" et la seconde fois avec son "Voyage Triomphal". Salvador Dali a toujours été fasciné par la Gare de Perpignan (pourtant des plus banales). Lors d'un de ses passages, il y a affirmé : " Soudain, tout apparut avec la clarté de "l'éclair, devant moi se trouvait le centre du monde ".

Perpignan vous séduira à la fois par les traces de son passé et par le charme de ses ruelles. Façades ocres, ruelles étroites, le centre ville est un bel exemple d'architecture médiévale où briques rouges et galets sont soigneusement ordonnancés.

Le Castillet , érigé en brique au XIVe, ( photo en haut ) marque l'entrée de la vieille ville. Pendant l'occupation française, Louis XI y ajouta l'actuelle porte Notre Dame. Cette ancienne prison abrite " la Caisa Pairal ", très intéressant musée d'arts et de traditions populaires du Roussillon. De sa terrasse, la vue est très belle sur la ville, la plaine du Roussillon, la mer, les Corbières et les Pyrénées d'où se détache le pic du Canigou, haut de 2784 mètres.

C'est sur la place du Castillet que les Perpignanais se réunissent pour danser la sardane, exaltée par la musique douce ou allègre " Quelle est jolie ma sardane que l'on danse main dans la main " chantait Trénet , qui est né à Narbonne et a habité à Perpignan. La sardane est la danse la plus représentative du folklore catalan. Longtemps interdite en Catalogne Sud par le franquisme, elle a toujours symbolisé la volonté de résistance et l'identité nationale du peuple catalan. Elle a inspiré de nombreux poètes tel Joan Maragall qui a écrit : "La sardane est la danse la plus belle de toutes les danses qui se font et se défont..."

A quelques pas du Castillet, se trouve la place de la loge où il fait bon se poser à la terrasse d'un café en regardant " la Vénus au collier " de Maillol. A l'angle, un bâtiment rectangulaire, commencé en 1397 et achevé en 1540, rappelle l'architecture des palais vénitiens : la loge de mer . A côté, l'hôtel de ville avec sa façade de cailloux roulés et ses larges portes en fer forgé est typique de l'architecture roussillonnaise. Edifié en plusieurs temps, au XIIIe puis aux XVIe et XVIIe siècles, il s'ouvre sur un patio avec de gracieuses arcades et des fenêtres grillagées, orné par " la Méditerranée " de Maillol.

En empruntant la rue Saint Jean, vous arrivez à la Cathédrale Saint Jean Le Baptiste , joyau du gothique méridional, consacrée en 1509. Dans la chapelle attenante du Dévot Christ, un étonnant crucifix en bois sculpté datant de 1307 d'un saisissant réalisme est unique en France. A coté, le "Campo Santo", construit la fin du XIIIe siècle, est l'un des plus vieux et des plus grand cloître cimetière de France. En longeant les vestiges des remparts de Vauban, votre promenade vous mènera à l'Eglise Saint Jacques (point de départ de la Sanch: procession des mystères du Vendredi Saint) et du superbe jardin de la Miranda qui l'entoure.

Fête sacrée par excellence, la procession de la Sanch , procession du vendredi saint, est un magnifique cortège de pénitents vêtus de noir ou de rouge avançant au rythme des tambours. C'est un véritable "monument humain" de la foi populaire catalane. Elle renouvelle chaque année durant la semaine sainte un rituel impressionnant, vieux de cinq siècles, dans les rues de l'ancienne capitale du Royaume de Majorque. Le voile porté par les pénitents a deux explications l'une symbolique, celle du pêcheur qui couvre son visage, l'autre plus pratique, qui a trait à la mission ancienne des membres de l'archiconfrérie, d'assistance aux condamnés au gibet, ils l'entouraient s'habillaient comme lui et enfilaient une cagoule de manière à ce que, rendu anonyme, ce dernier ne soit pas lapidé par la foule amassée sur son passage. L'ensemble du cortège commémore la passion et l'agonie du Christ ( les misteris ), au son de la cloche de fer, des roulements lugubres des tambours voilés de crèpe noir et des chants traditionnels catalans emplis de tristesse. En tête un pénitent tout de rouge vêtu, scande la marche du cortège avec la cloche et précède le premier "misteri". Le Christ portant sa croix et le Christ loué sur sa croix terminent le long défilé de cette fresque colorée. Le joyau de la procession est sans contexte le Dévot Christ sur son lit d'apparat . Cette procession demeure l'une des plus émouvantes et spectaculaires manifestations roussillonnaises.

Les amoureux d'histoire découvriront avec ravissement le Palais des Rois de Majorque , situé au cur de la vieille ville, c'est le monument le plus important de la ville, et un des témoignages les plus remarquables de l'architecture civile et militaire médiévales du midi de la France. Il fut édifié en 1276 pour loger la cour de Jacques 1er de Majorque.

De jolies rues pavées de marbre rose en places, de places en jardins, de jardins en Bodegas vous apercevrez aussi d'autres beautés cachées de la ville comme la Casa Julia, la Casa Xanxo, le Musée Rigaud, les maisons à auvents...

Toutes ces visites ouvrent l'appétit, je vous recommande 2 restaurants très différents à Perpignan:
· Le chapon fin
18 boulevard Jean Bourrat ,
66000 Perpignan
Tel : 04 68 35 14 14
(Menu 25 à 50 €). Très bonne cuisine bourgeoise dans un cadre agréable. C'est le restaurant du Park Hotel qui appartient maintenant à la chaine Best Western.
· La Casa Sansa
2 rue des Fabriques Nadal,
66000 Perpignan (derrière le Castillet)
Tel : 04 68 34 21 84
(Le menu tapas à 25 € est un vrai régal). Restaurant depuis 1846, dans ce café-bistrot aux saveurs de la cuisine catalane s'ajoute le plaisir d'admirer des tableaux de grands maitres catalans du XIXe et début du XXe siècle au son de la guitare d'un gitan de passage.

Quelques plats catalans :
· la bullinada de poissons , dorée par le safran et veloutée par ses pommes de terre fondantes,
· la cargolada ou grillade d'escargots,
· l'escalivada , plat de légumes braisés,
· les boles de picoulat , hachis de 2/3 de buf et 1/3 de porc mélangés avec de l'uf, du pain trempé dans du lait, de l'ail, de l'oignon et du persil.
Retrouvez le menu catalan sur internénettes :

Découvrez la charcuterie traditionnelle , les botifarres, petits boudins noirs ou blancs, ou le fuet, fine saucisse sèche.
Incontournables, savourez les desserts, des bunyetes , fins beignets craquants, aux braç de gitano , gâteaux roulés et fourrés à la crème, en passant par les coques , sans oublier les succulents tourons ... Agrémentez le tout de Muscat de Rivesaltes ou de Maury par exemple...
Vous trouverez des recettes sur http://www.terroircatalan.com (rubrique recettes)
ET aussi dans la rubrique Manger d'internenettes.fr

Bernadette

 

La Basse
Le Castillet
Place Arago
Sculpture de maillol
Campo Santo
Habitations sur les remparts
Saint Jean
Palais des rois de Majorque

Voir aussi : Collioure, Sète, Bouzigues.

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